Je croyais ne pas aimer la philosophie
15/07/2026
Je vais encore vous faire un aveu.
Je n'ai jamais aimé la philosophie. Enfin... c'est ce que je croyais.
À l'école, je n'y comprenais pas grand-chose. Des noms compliqués. Des concepts encore plus compliqués. Des gens morts depuis des siècles qui avaient l'air de discuter de sujets qui me passaient largement au-dessus de la tête.
Très peu pour moi.
Moi, je lisais de la science-fiction.
Mon premier roman de science-fiction, c'était Niourk de Stefan Wul.
J'avais huit ans.
Je me souviens encore de l'avoir refermé et de m'être dit une chose.
"Plus jamais je ne lirai autre chose."
À huit ans, on prend parfois des décisions un peu radicales.
Pour une fois, je ne me suis pas trompé.
Avec le recul, Niourk n'est probablement plus le meilleur roman de science-fiction que j'ai lu. Il y a eu Banks, Le Guin, Brunner, Palmer, Egan, Chiang, Reynolds et tellement d'autres.
Mais je lui dois énormément.
Parce que c'est lui qui m'a ouvert une porte que je n'ai jamais refermée.
À l'époque, je pensais aimer les vaisseaux spatiaux.
Les extraterrestres.
Les planètes inconnues.
Les nouvelles technologies.
Aujourd'hui, je crois que je me trompais.
Ce qui me fascinait, c'était que tout devenait possible.
Une nouvelle planète.
Une nouvelle société.
Une nouvelle morale.
Une nouvelle façon de penser.
Une nouvelle façon de voir le monde.
Je ne lisais pas le futur.
Je lisais des mondes où les règles étaient différentes.
Le plus drôle, c'est que les indices étaient là depuis le début. Prenez Van Vogt et Le Monde des Ā : je l'ai lu sans jamais me demander pourquoi il parlait autant d'Aristote. Avec le recul, c'est quand même assez drôle, parce que, jusqu'à preuve du contraire, Aristote n'était pas peintre en bâtiment. J'aurais peut-être dû me poser quelques questions. Mais non, je continuais tranquillement à penser que je lisais simplement de la science-fiction.
Le vrai déclic est arrivé il y a quelques jours, au détour d'une discussion qui avait commencé avec mon chat. Oui, mon chat. Ne me demandez pas comment on est passés d'un chat qui aime dormir devant un ventilateur à la philosophie, moi-même je ne suis plus très sûr. Mais à un moment, je me suis entendu dire :
"Je n'ai jamais aimé la philosophie."
La réponse est tombée presque immédiatement.
"Tu es sûr ? Parce que j'ai surtout l'impression que tu en fais depuis que tu sais lire."
J'ai rigolé. Puis j'ai réfléchi.
Et merde. Je crois bien que c'était vrai.
Parce qu'au fond, qu'est-ce que fait un grand roman de science-fiction ? Il change une règle. Ou deux. Ou dix. Puis il regarde ce qui se passe.
Et si l'argent disparaissait ?
Et si une intelligence artificielle gouvernait une civilisation ?
Et si notre identité n'était plus liée à notre corps ?
Et si le genre n'existait plus ?
Et si la mort devenait optionnelle ?
Et si...
Ce ne sont pas des prédictions. Ce sont des expériences de pensée.
Finalement, la science-fiction et la philosophie ne sont peut-être pas si éloignées. La première raconte des histoires, la seconde pose des questions. Mais toutes les deux nous obligent à regarder le monde autrement.
Tiens... je crois que je viens de comprendre pourquoi je lis autant. Je ne cherche pas forcément une fin extraordinaire. Je cherche un voyage qui me fasse voir le monde autrement. Pas des réponses — de meilleures questions. C'est sans doute pour ça que je peux lire trois ou quatre romans en parallèle sans jamais m'y perdre : je ne cours pas après la fin, je profite du chemin.
Finalement, Robert Louis Stevenson avait peut-être raison :
« L'important, ce n'est pas la destination, mais le voyage. »
Le plus drôle dans cette histoire ? Je ne pense même pas avoir lu un seul de ses bouquins.
Comme quoi, on peut être d'accord avec un écrivain sans le savoir.
Décidément, je suis coutumier du fait.